to fix you
Tu étais un peu comme l'âme des rues de Libra. Ton coeur vibrait avec elles. Tu les sentais courir sous tes pieds, tu sentais leurs petits pavés de pierre quand elles faisaient le dos rond, à la manière du chat farouche, puis se dérobaient sous tes pas. Les rues de Libra s'étirent et serpentent, elles trottinent et se croisent, s'entremêlent, se séparent. Elles font danser le lierre le long des murs, elles écoutent les murmures des maisons au fond des ruelles, accompagnent les passants, s'amusent de tout.
Et toi, petite vagabonde née sur ce pavé blanc,
rien ne te plaisait plus que de courir le souffle court dans les rues tranquilles,
et d'écouter ton coeur battant faire écho à celui de la ville.
Tu l'aimais, ta ville. Tu l'aimais tellement que tu voulais ton amour contagieux. Et tu courais, petit feu follet, comme à ton habitude. En criant des bonjours, en lançant des sourires, comme on fait un signe de la main. Gorge sèche et voix éraillée, mais tu t'en fichais. Tu ne le remarquais même plus. Ta frénésie t'entraînait toujours en avant, sans un regard en arrière — le doute, tu ne connaissais pas. Tu n'étais qu'impulsion. Et, parfois, regrets. Mais toujours trop tard.
Tu étais seule aujourd'hui ; mais tu ne te sentais jamais vraiment seule dans ces rues. Tu y sentais la vie. Tu t'y sentais chez toi. Tu y trouvais toujours ce fourmillement, ce pelle-mêle d'âmes, d'émotions et de mots qui te faisait carburer. Tu vivais dans l'interaction, dans l'échange et la confrontation ; leurs affects stimulaient les tiens, les provoquaient. C'était ce qui faisait que tu ne t'arrêtais jamais.
▲ ▲ ▲Et c'est alors que tu l'aperçois, petite silhouette recroquevillée dans une ruelle froide. Pas très loin du monde des autres, avec leurs coeurs battants et leurs émotions fortes. Juste assez isolé pour n'être plus qu'à lui-même. Essayer de retrouver ce vide qui n'appartenait qu'à lui — ce
rien terrifiant dans lequel, pourtant, parfois, il retrouvait une sensation de sécurité. Tes yeux se réjouissent en se posant sur lui, mais ton coeur pousse un gémissement à la vue des larmes qui roulent sur ses joues d'enfant.
Pourquoi. Fais le vide, Amaranthe.
Pourquoi pleure-t-il. Ne laisse pas tes émotions l'emporter.
Qui lui a fait ça. Lutte, lutte encore et encore contre ta nature qui t'entraîne.
Si tu trouves celui qui a fait ça...Tu ne lui seras d'aucun secours comme ça.
Alors la colère naissante, tuée dans l'oeuf, s'efface devant l'abattement qui piétine tout. Tu cherches au fond de toi assez de force pour résister. Tu le fais de mieux en mieux. Tu ramènes un sourire à la surface, tu te concentres sur des idées positives. Les émotions se traînent, mais finissent par suivre. Et l'Optimisme ressurgit d'entre les morts, vainqueur. Total. Tu ne fais jamais les choses à moitié, après tout.
Et c'est l'Amaranthe qu'il connait bien qui se faufile dans la ruelle solitaire et qui vient doucement poser une main sur ses cheveux blonds. Amaranthe avec ses clins d'oeil et son joli sourire. Amaranthe qui lance un
« coucou » comme si de rien n'était, mais dans lequel on peut entendre : « ça va aller. »